
Je voulais inscrire ici le retour de lecture de Jean Trotin qui fut mon professeur de latin et français, au collège puis au lycée, jusqu’à mon exclusion contre laquelle il s’insurgea en mai 68. Merci encore cher professeur de m’avoir fait découvrir la littérature, de m’avoir encouragée dans l’écriture, d’avoir cru en mes possibilités alors que j’étais tant dévalorisée. Il se défend d’avoir fait un article dithyrambique, je vous laisse juger…
Marie Murski
Sale fille Sage-femme, à lire d'urgence. Tout est urgent chez Murski, de Mère-utérine à mon dernier mot d'amour. Autobiographie, oui, mais aussiet surtout la volonté de résister au pire, de prouver que le plus démuni des êtres peut et même doit se redresser, se dresser et s'affirmer en s'autocréant, en devenant une romancière, un poète au style extrême. Sa vie, on la lit comme un road-movie initiatique, on va de survie en survie, la cabane du viol, les tentatives abortives, l'enfance d'une Cosette au carré, la faim, l'enfer familial, et plus tard les hommes, des choix tumultueux, mais un
miracle, un immense miracle, le goût de la lecture, la rencontre de ce que les savants appellent des adjuvants, je retiens Madame Bateau au regard aussi bleu que son tablier, elle dont les yeux et le nom annoncent l'Atlantique, l'Océan dont Marie Murski est devenue l'amoureuse. Et après la lecture, l'écriture, une écriture volcanique, parfois du Rimbaud, souvent du Baudelaire, du Claudel même. Et Hugo.
Ouvrez le livre au hasard, Au début, je n'écrivais pas, tout était dans ma tête. Puis j'ai commencé à écrire de la poésie dans mon cahier de textes, cachée entre les lignes de devoirs à faire.
Que n'ai-je découvert ce cahier de textes ! Il reste tant à dire. Lisez Sale fille Sage-femme, les études, la vie d'une sage-femme en Afrique, l'amour-fou, Sidonie, et toujours l'Océan, et son Guernesey du Finistère.
J'aurais pu m'exprimer, comme Philippe Lucas à propos de Laure Manaudou : « Quand on a eu la chance d'avoir Marie Murski pour élève, on peut s'ardercher, en langage picard »
QFFQS. Jean Diskildy
ou selon le protocole, Jean Trotin, inspecteur général de l'Education nationale, honoraire.
Explication de Jean Trotin pour ce qui concerne le mot « s’ardercher » :
Le "patois" fut pendant tout le moyen âge une langue aussi prestigieuse que le francien (langue de l'Ile-de-France).
La littérature de langue picarde demeure étudiée par tous les étudiants de lettres. Lisez Adam de la Halle, par exemple, ou Froissart, mon célèbre compatriote, auteur de L'Epinette amoureuse, un roman d'amour mélancolique, qui vous fera pleurer.
Pas mal de coincer Google!
Ce moteur ignore donc la métathèse picarde du r !
Il suffit de remettre ce r à sa place normale en français, pour que ardercher devienne, redresser.
A cela s'ajoute ch picard qui devient ss. C'est ainsi qu'un nom d'apparence arabe, Har Mount Het Maronn, devient en picard Armonte et' maronne, qui signifie en français Remonte ton pantalon.
On peut multiplier les exemples : es su arvénu = je suis revenu, arsak té = retire-toi, i t'arloié = il est relié, arminn mé : ramène-moi, ardécule = recule.